Rat Race

Rat Race
Écrire, vraiment, c'est étrange. Tu cherches, tu tentes, tu effaces, tu recommences, tu réfléchis, tu montes le volume de la musique, tu files sur internet, tu cherches un fait divers, tu renonces, tu vas voir ta page blanche, tu te demandes si le titre est bon, puis, à un moment, tu écris. Je suis prêt à abattre tous les individus qui oseront s'exclamer que l'écriture c'est facile. On place toujours l'écriture comme un acte mineur, la peinture et la musique à côté étant un peu des étalons de la mode qu'une poignée de personnes peuvent toucher en tant que Midas. Peut être que certaines personnes ont des facilités, dans l'écriture, il n'en reste pas moins qu'à chaque fois que tu souhaites t'y lancer, tu dois poser quelque chose sur la table. Pour certains, c'est l'âme, d'autres les tripes ; les romantiques balancent leurs c½urs, les ironiques leurs venins. Mais tu dois, en tout cas, mettre un élément avec lequel tu vas autopsier un no man's land qui, peu à peu, va prendre forme. Tout cela, bien sûr, peut prendre cinq minutes comme dix ans et l'alchimie ne sera peut être même pas concluante à la fin.

Depuis quelques mois, déjà, je commence à écumer la page blanche comme si c'était une petite amie. Tout devient vite insipide et il ne faut pas avoir des pavés de romans derrière soi pour savoir, en une ligne, si ce que l'on a commencé à écrire vaut le coup. Je parle du fait si cela va être plaisant à écrire et non à être vendu. L'édition, il y a un temps, me séduisait mais j'ai dégonflé mes jambes de Victor Hugo et je commence à reprendre les bases. Une idée. Des personnages. Un titre. Une intrigue, ou du moins, un certain fil conducteur. J'essaye de cadrer mon appareil illusoire en photographiant mes souvenirs et la réalité, accouplant les deux et priant le bon dieu.

J'ai appris aussi que l'on a beau avoir cent idées, si l'on est pas foutu d'en mettre une seule sur le papier alors autant faire prof d'université et se la coulait douce dans les limbes du dollar et de l'euro. Je me suis aussi rendu compte que : écouter de la bonne musique n'entraîne pas forcément l'écriture. Il faut écouter de la musique qu'on aime, bien sûr, mais surtout qu'on connait pour vite filer dans son inconscience. Ainsi, Avril Lavigne et Courtney Love sont révélées très douées. Désolé Radiohead et Tom Waits. Mais avant tout, j'ai pris conscience que écrire, c'est comme serrer la main du diable. On ne s'en sort pas toujours vivant, ou pas toujours identique en tout cas et que l'on a beau écrire à minuit, dans le noir, en insultant le monde, au final, on veut être lu. Donc on écrit en pensant à ceux qui vont nous lire. On rectifie des phrases qui n'ont pas à être modifiées et on laisse d'autres, totalement bancales, parce qu'elles vont plaire.

Dans tous les cas, il faut écrire : c'est mauvais pour la santé, j'ai l'impression, mais chacun sa croix.
Chacun sa nicotine et son cancer.
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# Posté le samedi 05 décembre 2009 16:55

Oh, Crazy Monkey, you're a Lucky Boy

Oh, Crazy Monkey, you're a Lucky Boy

♦ On commande un cancer, on laisse du sang dans l'escalier : le monde est un chat qui miaule auprès d'un lampadaire. Mais c'est aussi de la folie absinthe, qui se dilue dans notre pauvre sang, lui-même présent dans notre pauvre corps. Je n'ai pas écrit depuis longtemps, ici, devenant une tombe parmi les tombes, une étoile parmi la grande tache noire ; c'est ainsi. No mercy, non merci. Pourtant, il y aurait quelques éléments à placarder sur l'ardoise : je pourfends parfois le noir peu à peu timide dans ma caisse verte et noire ; j'écoute The Smiths, Bashung et Bowie ; je revois d'anciens amis, je reconnecte quelques fils et je laisse l'inconnu ouvrir ma porte.

Mais comme une femme qui attend son marin, je reste dans ma tanière, je refuse la lumière et n'attend pas de demain davantage que des heures. Je limite mes rapports humains - manquerait plus que je passe à la caisse et que je règle en espèce - et je n'étreint que par accoues les lignes des feuilles blanches. Quelques poèmes, composées sur la gloire de la banlieue et de l'amour clandestin, et puis, la nuit, le pétrole et les sardines qui y nagent. Ce n'est pas évident de vivre quand on meurt, ne serait-ce que par éclats éphémères : les douilles ne sortent pas facilement de mes anciens gilets pare-balles et je n'ai parfois pas l'impression d'être moi-même. Virevoltant dans un sourire ou dans une autre volute folle, j'essaye de cerner la vie sur tous les côtés mais je la manque effroyablement. On ne sait pas vraiment, non, pas vraiment qu'est-ce qu'on fait sur ce globe bleu, à écrire les affres de la vie et à vivre les "arf"de l'ennui.

♦ Les rues d'Avignon prennent mes pas comme ils viennent, c'est-à-dire de manière désabusée : je n'ai rien gagné et j'ai pourtant tout perdu j'ai l'impression. C'est comme apprendre que l'on a le droit de passer à la guillotine. Mes proches se sont éclatés dans le monde, et qui sait quand nos routes vont se rejoindre dans le même district, et qui sait même si je le voudrais le jour venu. L'amour fait mal, bien sûr, mais à dire vrai je marche et je crève malgré ce que j'entreprends. Alors qu'importe combien de manuscrits, combien de bouquins et combien de filles se pâmeront devant mes yeux, si je ne suis pas capable de vivre avec un miroir alors, autant prendre un virage à cent trente kilomètres.

Le spleen revient, langoureusement, et l'on se dit que le vide et le vertige de vivre sont des amants à ne prendre que par petites doses. J'attends, pourtant, et je sais qu'un temps viendra où le soleil éclairera ma carcasse brûlante et en témoignera d'un peu de joie, si je peux me permettre d'écrire le mot.
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# Posté le jeudi 05 novembre 2009 18:11

Modifié le jeudi 26 novembre 2009 17:08

Tant que je pourrais écrire, je ne serais pas mort.

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# Posté le dimanche 01 novembre 2009 16:15

ZZ YY MM

ZZ YY MM
Je compte mes billets.
La vie ne m'a jamais paru si brusque, si instable : j'ai parfois l'impression que mon existence et moi, on ne dort pas dans le même lit. Je fais des rêves que je ne faisais jamais auparavant. Et puis il y a ce malaise perpétuel de sentir le destin partout où je traine, de vraiment le sentir.
Je ne suis pas sûr, parfois, si je vais m'en sortir vivant. Ce n'est en tout cas pas ce que j'avais prévu, en tout cas. En l'espace de très peu de temps, j'ai pris des chemins que je ne connaissais même pas de nom. J'ai été en contact avec des personnes qui sont maintenant à des centaines de kilomètres de moi. J'écoute de la musique dans ma voiture pour éviter d'être obligé de réfléchir. Je traîne mon ombre et mes cheveux sans vraiment savoir ce que cela vaut. J'assiste à des ateliers de poésie en me posant à chaque fois la question de ce que je peux bien y faire.

L'écriture est en moins forte dose en ce moment, certainement parce que je m'évade ailleurs. Un prisonnier aime bien, parfois, changer de mode d'évasion.
Et puis je sais quand je dois faire des pauses dans l'écriture, constamment courir après une nouvelle ou un roman est néfaste à long terme. N'en reste pas moins que la tendance commence tout doucement à s'inverser et ma période "no use papers" va renvoyer dans l'ascenseur des convois d'idées que j'espère pouvoir pleinement utiliser.

Avec du recul, on voit très vite ses fautes, ses erreurs ; devenir un autre permet de juger son ancien soi avec une acuité stérile.
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# Posté le vendredi 16 octobre 2009 19:01

Modifié le mardi 27 octobre 2009 12:05