Je compte mes billets.
La vie ne m'a jamais paru si brusque, si instable : j'ai parfois l'impression que mon existence et moi, on ne dort pas dans le même lit. Je fais des rêves que je ne faisais jamais auparavant. Et puis il y a ce malaise perpétuel de sentir le destin partout où je traine, de vraiment le sentir.
Je ne suis pas sûr, parfois, si je vais m'en sortir vivant. Ce n'est en tout cas pas ce que j'avais prévu, en tout cas. En l'espace de très peu de temps, j'ai pris des chemins que je ne connaissais même pas de nom. J'ai été en contact avec des personnes qui sont maintenant à des centaines de kilomètres de moi. J'écoute de la musique dans ma voiture pour éviter d'être obligé de réfléchir. Je traîne mon ombre et mes cheveux sans vraiment savoir ce que cela vaut. J'assiste à des ateliers de poésie en me posant à chaque fois la question de ce que je peux bien y faire.
L'écriture est en moins forte dose en ce moment, certainement parce que je m'évade ailleurs. Un prisonnier aime bien, parfois, changer de mode d'évasion.
Et puis je sais quand je dois faire des pauses dans l'écriture, constamment courir après une nouvelle ou un roman est néfaste à long terme. N'en reste pas moins que la tendance commence tout doucement à s'inverser et ma période "no use papers" va renvoyer dans l'ascenseur des convois d'idées que j'espère pouvoir pleinement utiliser.
Avec du recul, on voit très vite ses fautes, ses erreurs ; devenir un autre permet de juger son ancien soi avec une acuité stérile.